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Capitales Baltes, voyage dans le temps

Capitales Baltes, voyage dans le temps

Tallinn, Riga et Vilnius, les capitales d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie, sont autant d’approches différentes de ces pays Baltes, membres de la Communauté européenne depuis mai 2004. Tallinn se caractérise par sa vieille ville médiévale et Renaissance, alors que Riga s’affiche comme la cité de l’Art nouveau, Vilnius brillant tel un bijou baroque.

Tallinn, l'étonnante cité au double visage 

Tallinn se doit d’être abordée par la mer. Les tours et clochers de la vieille ville se détachent dans le ciel, surplombant de son port le golfe de Finlande, gris et bleu. La ville haute, posée sur la colline, nobiliaire et religieuse. La ville basse, sertissant la première, habitée depuis le XIIe siècle par marchands et artisans. Une petite ville en vérité qui ne s’en donne pas moins des airs de capitale avec ses palais et églises, maisons bourgeoises et vastes places. Autour de ses remparts, ce sont des maisons de bois, vertes ou marron, puis les forêts où le loup, le lynx et le tétras, plus gros gallinacé d’Europe, se fréquentent encore.

Tallinn se découvre au hasard de ruelles aux pavés disjoints. Au hasard de cours ombragées qui virent passer chevaliers teutoniques et armées de Pierre le Grand, le chineur se régale d’icônes, d’objets d’or, d’argent et de cristal, vestiges russe. Les coopératives d’artisans ne cessent de surprendre par une richesse créatrice qui s’exprime dans des bijoux d’inspiration païenne ou ouvertement contemporaine.

En ces premiers jours de printemps, les cafés aux terrasses saisonnières ne désemplissent pas de joueurs d’échecs et de couples. La campagne avoisinante, paisible et colorée de ces champs rouges de coquelicots, jaunes de boutons d’or, se vit le dimanche. Sur les longues plages de sable fin de petites villes balnéaires telle Parnü, Estoniens et Estoniennes rendent hommage au dieu soleil, en un culte idolâtre originaire de ces terres, berges de la Baltique. Le rare voyageur s’y régale de kilu, petits anchois aux quarante-deux épices, seul, face à la mer.

Riga, la plus grande ville des pays de la Baltique

Plus vers le sud, une série de châteaux, citadelles de croisés, se laissent découvrir avant d’aborder, après une demi-journée de voyage, Riga dominant le golfe éponyme. Du haut de l’église Saint-Pierre se dessinent les méandres des ruelles de la capitale de Lettonie. Des myriades de toits ocre de la cité moyenâgeuse émergent les flèches de la cathédrale.

Sur la place du marché, de vastes jardins et les vestiges des anciens remparts s’imposent en un plan tortueux. Les cafés, si typiques de la vieille Europe, y côtoient salons de thé et antiquaires. Reflet de différents styles architecturaux, telles ses voisines baltes, Riga n’en reste pas moins une exception au sein de l’Europe centrale. Au-dehors des remparts, dans la ville nouvelle du début du XXe siècle, se discerne un extraordinaire ensemble de bâtiments Modern Style tel que seul Helsinki en connaît. Sculptures géantes de femmes mi-nues, chimères et animaux mythiques ornent d’étonnantes façades Art nouveau.

Lors du solstice d’été, de la Courlande, province la plus occidentale du pays, à la Lionie au nord-est de la Lettonie, tout un peuple renoue en une nuit septentrionale avec les allégories originelles. Portant couronnes de feuilles de chênes et de fleurs champêtres, habits traditionnels mais non folkloriques, hommes, femmes et enfants dansent autour de feux géants. Les chants, sublimes, se mêlent à la bière et au jus de bouleau fermenté aux raisins secs. On cueille la fougère en fleur, puis on se laisse aller dans une nuit où l’amour est roi. Le lendemain, sur les plages chic et légèrement surannées de Jurnala, l’on conte au voyageur ébahi l’origine de ces moments uniques, où l’âme lettone a su renouer avec sa nature indigène.

Vilnius, la perle méridionale

Plus au sud, la Lituanie ouvre ses frontières à deux heures de là. La brume est matinale sur la presqu’île de Neringa. Main dans la main, un marin et sa promise flânent sur les berges de la mer Baltique, juste discernée au travers de pins qui frémissent dans l’aube. Des pénates de bois jaunes, turquoise et pastel s’enorgueillissent de jardins bucoliques où crocus et opiacées semblent danser dans la brise. Forêts et étangs peuplent 80 % du territoire lituanien. Sylves de pins et de chênes bordent les lacs naturels sur lesquels quelques datchas veillent, paisiblement.

Les paysans vivent comme autrefois. La terre est travaillée par d’antiques socs de bois, treuillés par de vieux chevaux. La nature en effervescence à l’approche de l’été exprime la convivialité des Lituaniens, rarement au contact d’insolites touristes qui ne se risquent qu’en leur capitale, Vilnius. Une capitale heureusement peu connue, tant ses attraits sont grands. Baroque, classique, Renaissance et gothique, la « perle de la Baltique » est belle, nichée dans une vallée entourée de petites collines recouvertes de forêts, à l’endroit où se rejoignent deux rivières, la Neris et la Vilnia. Au hasard des ruelles aérées et presque méditerranéennes du centre historique – il s’étend sur 270 hectares de vieilles pierres ! –, les églises ne semblent guère désemplir de fidèles et de curieux. La cathédrale Saints-Pierre-et-Paul se réjouit d’offrandes sincères. Aux charmants autels couverts de fleurs répondent de somptueuses orgues artistiquement servies. Les cafés de bois brun ne s’en plaignent guère, habités dès la fin de l’après-midi de tant d’hôtes. Étudiants de la splendide université de Vilnius y fréquentent professeurs et jeunes hommes d’affaires qui s’empressent d’offrir quelques jonquilles à de ravissantes jeunes femmes. Dans le quartier d’artistes étonnamment jumelé à la commune libre de Montmartre, la nuit, musicienne, s’étire, joyeusement.

JEAN-FRANÇOIS GUGGENHEIM

Que rapporter ?

● Tallinn regorge d’artisans aux alentours de l’hôtel de ville, dans les rues Pikk, Suur-Karja, Vaike-Karja et Viru. Châles et linges brodés, verre travaillé, céramique et assiettes et bols de genévrier aux agréables senteurs. Bijoux d’acier et d’argent, antiques ou contemporains comme à A Galerii, où plus de cinquante artisans proposent leurs oeuvres.

● Riga, elle, fera le bonheur des chineurs. De nombreux objets, invendables durant la période soviétique, ont refait surface dans les échoppes aux alentours de l’hôtel Latvija. Meubles, argenterie, tableaux lettons et russes y côtoient bijoux, bibelots et l’incontournable bric-à-brac militaire letton et russe. L’accueil est toujours charmant et les trouvailles n’y sont pas rares.

● C’est à Vilnius, enfin, que l’ambre, chéri des Romains, s’acquiert dans différentes boutiques de la ville. « L’or de la Baltique », datant de plus de quarante millions d’années, se trouve sous forme de bijoux ou d’artisanat. Monnaie d’échange durant l’Antiquité, porté pour ses vertus thérapeutiques, il peut prendre des formes de toute beauté grâce au talent des artisans.

 

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