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Les réseaux sociaux ont changé leur vie

Les réseaux sociaux ont changé leur vie
En France, plus de trois internautes sur quatre sont inscrits sur un réseau social. Addicts ? Coupés du monde réel ? Evidemment, non. Nans, Claudine et Aude nous racontent comment ces fenêtres virtuelles leur ont ouvert de nouvelles perspectives amicales et amoureuses.


Nans
34ans, célibataire, ingénieur informaticien indépendant

« Je joue on line depuis l’âge de 16 ans. J’aime les jeux de rôles, la stratégie, me mesurer à d’autres… Mon point fort ? Anticiper les réactions de mon adversaire, j’ai toujours un coup d’avance ! On se retrouve jusqu’à dix joueurs ensemble, à faire évoluer notre héros pour qu’il acquière de nouvelles capacités et gagne des niveaux. Je joue avec, ou contre, (sourire) des russes, des chinois… mais nous communiquons en anglais.

Les jeux que je choisis me laissent libre de jouer par intermittence. Je ne suis pas addict et encore moins un « No Life » : ces personnes qui ne sortent plus de chez eux. J’ai une vie à côté, à commencer par mon boulot et les indispensables sorties avec mes amis.
Paradoxalement, jouer me permet aussi de maintenir le lien avec mon frère de 24 ans qui vit à Washington. On a cette passion en commun et la distance géographique ne nous a pas éloignés puisqu’on se retrouve régulièrement derrière nos écrans. Au cours du jeu, on se parle de stratégie, de mouvements à effectuer et, évidemment, on se taquine aussi. Dans ce milieu, j’ai aussi une dizaine d’amis qui viennent des quatre coins de la France et même de l’étranger. On s’est connus il y a six ans grâce à un jeu dont le but était de défendre un château. Ils appartenaient à ma guilde, mon groupe.

Au bout de quelques mois, nous avons décidé de nous rencontrer dans la réalité. Nous avons organisé une IRL (In Real Life) dans une bodega à Avignon. ‘’Necrai’’, ‘’Leonel’’… on s’est d’abord appelés par nos pseudos avant de connaître nos vrais prénoms ! Le mien ? ‘’Exs’’ comme le diminutif de excalibur ! Ce soir-là, il y avait tous les âges, de 15 à 50 ans, une famille avec deux enfants, joueurs eux aussi et une femme handicapée. Des personnes que je n’aurais jamais rencontrées dans la vraie vie ! Nous avons parlé du jeu, puis de nous"
Mon regard a changé sur le handicap et les différences d’âge. Je perçois le monde dans sa globalité. Il n’y a plus de barrière entre les générations, plus de frontières entre les pays

Claudine
56 ans, en couple, deux enfants, en recherche d’emploi

 
« Après mon divorce, je me suis retrouvée dans un studio, terriblement seule. Mes filles m’ont poussée à acheter un ordinateur puis à m’inscrire sur des sites de rencontre. Mais j’étais un peu naïve : je cherchais l’amour, pas des histoires d’un soir ! Sur le site Copains d’avant, j’ai retrouvé mon premier flirt : Patrick. ‘’ Te souviens-tu de moi ?’’, lui ai-je mailé. ‘’Bien-sûr’’ m’a-t-il répondu. Nous avons échangé quelques jours, sur nos souvenirs, son divorce, ses enfants, les miens… et quand on s’est retrouvé sur les bords de Saône, c’est comme si nous ne nous étions jamais quittés.

En trois semaines, il a quitté Paris et s’est installé chez moi en Bourgogne. Mais notre couple n’a pas tenu, trop d’incompréhensions.
Pendant huit ans, nous ne nous sommes pas vus, nous échangions juste quelques mails de temps en temps. Mais en juin dernier, alors qu’il vivait en Andorre, il m’a proposé de nous retrouver sur Second Life, un monde virtuel en 3D où l’on incarne des personnages.
Nous avons choisi des avatars plus jeunes, plus beaux. Pendant trois mois, quasiment tous les jours après le boulot, nous avons partagé un bout de vie ensemble et avons recraqué l’un pour l’autre ! Nous nous retrouvions sur un bateau, au restaurant, il m’offrait tout ce dont je rêvais… Et surtout, nous nous écrivions ! Sur tout et rien puis sur des sujets jamais abordés. Ça pouvait durer des heures…
Il m’a redonné confiance et j’ai pu mesurer à quel point il désirait être avec moi. De son côté, il est devenu naturel, sincère et expressif. S’exprimer le libérait !
Grâce à nos avatars, nous avons retrouvé la fougue de notre jeunesse. En janvier, nous avons fermé notre compte.
Plus besoin : nous vivons ensemble !

Aude
43 ans, mariée, trois enfants, naturopathe et gérante d’une PME de produits de santé et de beauté naturels et bio.

 
« Au départ, je me méfiais de Facebook, je le voyais comme un immense œil de Moscou que je ne pouvais pas maîtriser. Mais une de mes collaboratrices s’y est mise pour créer la page de l’entreprise et partager nos infos. J’ai alors créé mon profil pour comprendre le fonctionnement et j’ai rapidement vu l’intérêt ! J’ai retrouvé mes amis de classe aux quatre coins du monde, et un… qui habite ma ville et que j’ai embauché comme informaticien. Maman de trois enfants, travaillant beaucoup, avec un mari souvent en déplacement, je dirais même que ma vie sociale a pu reprendre une certaine dynamique.
Le soir, après le coucher des enfants, c’est mon moment de détente et de partage. J’en ai même profité pour renouer avec mes sœurs car, malheureusement, je ne pouvais plus trop les voir par manque de temps. Je n’ai pas le sentiment d’avoir remplacé ma vie par une vie virtuelle mais d’avoir enrichi et créé des échanges que je n’avais, de toute façon, plus le temps de vivre. Et puis c’est un fabuleux shaker à idées, un joli focus sur la diversité de nos vies. J’aime retrouver la personnalité de chacun dans ce qu’il poste : une musique, un moment de bonheur, les chagrins aussi… la vie en un clin d’œil qu’on peut partager ou non. Ainsi, je m’ouvre au monde des autres, à leurs coups de cœur, leurs réseaux… C’est comme un dîner à la maison sauf que je peux être en pyjama avec une tisane et que je n’ai pas la vaisselle à faire pour mes 150 amis (rires) ! »