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Scrapbooking quand l’album photo devient un art

Scrapbooking quand l’album photo devient un art

Il existe un art de mettre en scène ses photos, en les découpant, en leur associant des textes, du tissu, des cartes postales… pour enrichir les souvenirs et laisser une trace différente de sa vie. En un mot, c’est le scrapbooking.

En anglais, scrap signifie « chute, petit bout, morceau », book « livre, album ». Ce qui a donné le scrapbooking, loisir créatif qui distrait et passionne des milliers d’adeptes. En fait, nous avons tous et toutes « scrapbooké » une fois dans notre vie le jour où, de retour d’Égypte, nous avons collé dans un carnet une carte postale du Sphinx, accompagnée du ticket d’entrée au musée du Caire, la note du thé à l’Old Winter Palace et d’une photo à dos de chameau devant la pyramide de Khéops. Mais bien au-delà de ce bricolage personnel créatif, le scrap gagne du terrain et s’institutionnalise en France, avec des salons (le premier en date qui vient de se tenir à Paris, VersionScrap, a rassemblé plus de 60 exposants), des publications chez les plus grands éditeurs (Albin Michel, Ouest France…), des centaines de blogs, des stages d’initiation, des réunions baptisées croppings, où l’on se réunit pour scrapper entre « croppines ».
Emmanuelle Prot, auteur de nombreux livres, est « tombée dans la marmite du scrap » en 2000. « Je prenais une pellicule 24/36 par semaine, vous imaginez ce que  j’avais en réserve comme photos ! C’est l’envie de sortir les albums du placard qui m’a amenée sur cette piste. Je crois qu’on se lance à deux occasions : la naissance d’un enfant et un beau voyage. Dans le scrapbooking, tout est un plus. Vous allez sur une plage, vous rapportez des coquillages, un peu de sable pour l’incorporer à vos photos de vacances, vous personnalisez vos voeux en saupoudrant votre montage d’un peu de cannelle qui évoque les marchés de Noël, tout compte. La mémoire du toucher entre en jeu, celle des senteurs, c’est un élargissement des souvenirs. En plus, la famille peut, elle aussi, se sentir concernée. Une grand-mère se met à la dentelle, un enfant se régale en faisant des découpages. Le succès du scrap est certainement dû aussi à sa valeur d’héritage sentimental. Quant aux voyages, il est évident que ce loisir a démodé les soirées diapo ! On s’est évadé en partant, on s’évade au retour en scrappant. »

Un véritable journal intime

Les femmes sont majoritaires dans cette activité, bien que les hommes fassent une petite percée par l’intermédiaire de l’informatique. « C’est un véritable journal intime, un art très personnel, précise encore Emmanuelle. On dit beaucoup de soi-même dans une création. Chacune a son style, on peut reconnaître les timides, les audacieuses, les cérébrales, rien qu’en observant les créations plus ou moins chargées ou pas, de rubans, de frous-frous, de textes, de couleurs. » Quel conseil donnerait-elle aux débutants ? « De commencer avec très peu de matériel, un kit de base, comprenant quelques papiers, un massicot, des ciseaux, de la colle. Le reste vient après, quand on comprend qu’on peut tout utiliser pour ses collages, des boutons, des vieux livres d’enfant, des bouts de tissu, les poches d’un jean usé. » Le succès de ce travail sur les images qui réhabilite le papier n’est-il pas surprenant à une époque où tout passe par Internet et où les sociétés de développement photo s’inquiètent pour leur avenir ? Il est vrai qu’une nouvelle tendance est en train de naître, qui propose des logiciels* pour s’adonner à cet art sur ordinateur. Évolution qui inquiète un peu Marie-Cécile, fondatrice de www.parisscrap.com, site qui permet de commander tout le matériel imaginable. « La photo devrait garder la vedette, certaines personnes ont tendance à charger leurs créations, je trouve que c’est un peu dommage. Mais ne jugeons pas, ce qui est fascinant dans cette activité est que chacun est libre de s’exprimer. L’essentiel est qu’on n’oublie jamais que le scrapbooking est un art d’échange : ces albums pas comme les autres sont conçus pour être vus, pour que les amis aient plaisir à les feuilleter. »

MICHA VENAILLE