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Destination neige : des Alpes à redécouvrir

Vacances près de Serre-Ponçon dans votre hôtel club 3 étoiles

Entre ski alpin ou nordique, la montagne hivernale promet aussi une belle approche de pays de caractère et d’un patrimoine remarquable, de saveurs et talents façonnés par les « gens d’en-haut ». Une kyrielle de découvertes au sommet prête à satisfaire tous les goûts.

Une rencontre avec un artisan local passionné qui vous raconte l’âme du village accroché à la pente ou une veillée gourmande au coin du feu pour redécouvrir les vraies recettes du terroir : voilà de quoi inspirer un séjour épicurien à la neige après une belle journée de glisse en famille ou une jolie balade en raquettes ! Entre deux pistes de ski, style alpin ou version nordique, les chemins de traverse du vacancier se régalent des paysages emmitouflés de flocons mais aussi de thématiques qui racontent la vie paysanne au temps jadis, en altitude. Les sports d’hiver ont en effet bien changé. Ils se conjuguent avec des ingrédients de base mais n’ont pas le même goût de vallées en massifs. À chaque versant des Alpes son tempérament ! De la Haute-Savoie à la Savoie, les montagnes d’alpage qui entourent de hauts sommets très pointus et rugueux augurent en hiver d’espaces « grand large », donc de vastes domaines skiables superperformants et souvent connectés entre eux, comme autour de Megève avec vue sur le Mont-Blanc ou encore les 3 Vallées raccordant, par exemple, Courchevel et Les Menuires. Même son de clarine avec le domaine Paradiski qui fédère notamment Les Arcs et les 10 stations de La Plagne, dont Montalbert, à l’architecture soignée. On devine en skiant dans ces lieux que le temps de l’estive consacre l’élevage de vaches laitières. D’où la collection de fromages emblématiques AOC qui flattent les papilles des hivernants sportifs et gourmets, le soir venu : le beaufort, l’abondance, le reblochon, l’insoupçonné bleu de Termignon (un persillé au lait cru de vache, qui se fait discret et rare !), etc. Quant au manteau forestier tout autour, composé de résineux au bois solide, il explique la tradition architecturale du chalet : charpente massive et bardage résistant.

Balade en raquettes au Revard

De l’autre côté de la Vanoise, autrement dit en vallée de la Haute-Maurienne (classée Pays d’art et d’histoire), la pierre plate redevient par contre le matériau de construction essentiel. Mais le travail du bois y conserve toute sa noblesse. Des stations- villages comme Val-Cenis gardent ainsi la mémoire de véritables dynasties d’artisans-paysans, tels les Clappier. Cette famille a fourni plusieurs générations de sculpteurs sur bois à partir du XVIIe siècle. Ils « chapotaient » (terme local consacré) des retables précieux et des statuettes de saints pour décorer les églises et chapelles de leur région. Un art sacré très singulier que l’on admire en suivant les chemins du baroque, jusqu’à Pralognan-la-Vanoise ou les Arcs/Peisey-Nancroix. Ambiance encore différente sur le plateau du Revard, au coeur du massif des Bauges, classé parc naturel régional, et en balcon panoramique sur le grand lac du Bourget dit aussi d’Aix-les-Bains. Ici, tout invite à faire chuinter les skis de fond ou chuchoter les raquettes pour explorer un décor préservé. En faisant sa trace, le randonneur peut repérer les empreintes de tout un bestiaire trahi par la neige fraîche : le lièvre variable, la martre (cousine de la belette), divers oiseaux ou le chamois. Mais inutile de les suivre, cette faune montagnarde est experte au jeu de cache-cache ! Quant au savoir-faire artisanal, il s’illustre ici aussi avec la tournerie sur bois : les paysans d’antan occupaient en effet leurs longs soirs d’hiver à fabriquer des ustensiles de cuisine en bois... qu’on appelait un peu audacieusement « argenterie » des Bauges ! Plus au sud, les Hautes- Alpes et l’Ubaye présentent un autre relief, avec des pentes plus raides, sous la tutelle de cimes orgueilleuses comme les Écrins, la Meije ou le mont Viso, côté italien. On comprend alors facilement en glissant dans ces paysages que l’été est propice au pâturage des moutons transhumants, qui n’ont pas peur de grimper très haut. L’hiver venu, les pistes de ski alpin s’étirent donc sur des crêtes panoramiques éblouies de soleil, notamment au-dessus de l’intimiste Puy-Saint- Vincent, fleuron de la vallée de la Vallouise ou tout au long du vaste domaine de Serre- Chevalier/Briançon.

Les cadrans solaires du Parcher

Dans ces Alpes dites du Sud, les flocons tombent en abondance par vagues successives, grâce à un phénomène typique et régulier de « dépression méditerranéenne venant du sud-est » comme l’expliquent les météorologues. Mais un soleil prodigue a favorisé aussi un patrimoine spécifique, une collection unique de cadrans solaires anciens. On recense plus de 150 œuvres réalisées entre le début du XVIIIe siècle et le début du XXe. Des oeuvres, oui, car l’instrument de mesure du temps se doublait d’un décor artistique, d’une jolie fresque à pigments naturels, autant d’éléments de fragilité. Le cadranier piémontais Giovanni Francesco Zarbula, véritable artiste venu d’une vallée italienne voisine, en signa les plus beaux spécimens sur la façade des grandes fermes ou des églises, il y a plus de cent quarante ans. Souvent, une devise sentencieuse en latin ou une maxime ironique en patois souligne l’ouvrage : « À la lumière tout est vain. La vie s’enfuit comme l’ombre » à Vallouise (1840, par Zarbula), ou « Cette heure est incertaine pour tous, et pour beaucoup c’est la dernière » au hameau du Parcher (datant de 1718) ! De quoi méditer le reste de la balade découverte sur la sagesse ou le fatalisme des gens d’antan... En Ubaye, autre vallée alpestre à l’accent méditerranéen, c’est l’ambiance originale des maisons mexicaines de Barcelonnette qui agrémente le décor, aux alentours de la station de Pra-Loup. De nombreux montagnards du cru ont, en effet, émigré au Mexique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Fortune faite, ils ont érigé ces demeures de style latino un peu anachroniques et orgueilleuses en signe d’attachement au pays. Tous ces indices prouvent la diversité identitaire des territoires montagnards et procurent un bon prétexte pour flâner, d’ateliers d’artisanat en chapelles classées monuments historiques, autour des stations et villages de ces Alpes multiculturelles, entre deux belles sessions de glissade...

Philippe Bardiau

 

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