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La famille pentagénérationnelle

La famille pentagénérationnelle


Penta… quoi ? La particularité de la famille pentagénération est d’avoir un trisaïeul (encore un mot peu usité), c’est à dire un arrière-arrière grand-parent à sa tête… Faites le compte, il y a donc au moins cinq générations au sein d’une même famille.
Avec l’allongement de la durée de vie, ces familles autrefois rarissimes, sont devenues relativement fréquentes. Elles sont en grande majorité composées de femmes. Ceci s’explique essentiellement par leur plus grande longévité. Chaque génération souhaite transmettre à la suivante des valeurs familiales d’amour, de tolérance et de respect. Pourtant il n’est pas certain que les lignées de cinq générations perdurent, la première maternité étant de plus en plus tardive.
 


Témoignages

Nous avons rencontré la famille De Laurens, composée de cinq femmes de caractère. Eloignées géographiquement les unes des autres, elles ne s’étaient jamais rassemblées. Des retrouvailles émouvantes où chaque mère nous a confié ce qu’elle avait souhaité/souhaitait pour sa fille. 

L’arrière-arrière grand-mère : Yvonne, 99 ans
vit en maison de retraite à Marseille (Bouches-du-Rhône).
« C’était important que ma fille travaille… En 1942, avec mon mari, nous avons dû fuir les bombardements et quitter notre maison mais j’ai pu, tant bien que mal, continuer mon travail de couturière. Des études de stylisme m’auraient passionnée ! Mon mari, lui, n’a jamais pu retrouver son poste de comptable mais a poursuivi dans d’autres domaines. C’était un travailleur honnête, ni fier, ni orgueilleux. Ce sont des valeurs importantes que j’ai essayé de transmettre à ma fille. Toutes les deux, nous sommes très complices, voyons les choses de la même façon et avons un peu le même caractère. Et, comme ma mère, nous sommes très coquettes et toujours habillés à la mode ! Et même à l’avant-garde du style : ma fille fut la première à porter un pantalon ! Créer m’a toujours plu. J’ai bientôt 100 ans, mais le principal est d’avoir 20 ans dans sa tête ! »

 

L’arrière grand-mère : Jacqueline, 78 ans
vit à Embrun (Hautes -Alpes).

« Tout ce que je souhaitais pour ma fille, c’est qu’elle ne connaisse jamais la guerre ! Quand j’ai rencontré mon mari, on ne possédait rien mais nous avons vécu 50 ans d’amour. C’était important que ma fille rencontre un gentil garçon et qu’elle reste aussi libre que je l’ai été. Je ne me suis jamais sentie enfermée dans un carcan, contrairement à d’autres femmes de l’époque, je n’étais pas obligée de demander la permission pour faire un achat. Ma liberté venait aussi de mon travail, je suis devenue démonstratrice de beauté aux Nouvelles Galeries. J’ai adoré ce métier ! A l’époque, il n’y avait ni nounou, ni crèche, il fallait que je travaille. J’ai été obligée de mettre ma fille en pension. Elle ne me l’a jamais pardonné. Pourtant on se ressemble : nous sommes dynamiques, indépendantes, débrouillardes et très coquettes. Je déteste m’habiller comme une mamie de 78 ans ! »

 

La grand-mère : Evelyne, 57 ans
vit à Moretel de Mailles (Isère).

« Donner une bonne éducation et apprendre la politesse à ma fille était important pour moi. J’ai essayé de transmettre des valeurs comme le respect de soi et d’autrui, l’honnêteté et la loyauté. Ma fille a attrapé le virus de son arrière grand-mère : déjà petite, elle cousait des vêtements pour ses « Barbie », c’est ancré en elle ! J’aurais aimé qu’elle fasse ce qu’elle désirait : devenir styliste. Mais pour ça, il fallait qu’elle s’éloigne et elle ne le voulait pas. Elle a fait son choix et je le respecte. Moi-même n’ayant pas fait d’études, j’aurais préféré qu’elle persévère ! Par contre, j’ai élevé mes enfants : j’ai eu cette chance ! Pour moi, c’était important de m’occuper de mes trois enfants. Avoir été en pensionnat chez des gens reste une souffrance. J’en veux toujours à ma mère… même si je reconnais qu’on se ressemble sur d’autres points. »

 

La mère : Samantha, 30 ans
vit à Grenoble (Isère).

« J’ai eu ma fille très jeune. Je l’élève comme mes parents m’ont élevée. C’est important qu’elle respecte les gens et soit honnête mais je veux qu’elle garde son caractère et elle en a ! Elle est déjà très têtue… il faut savoir la cerner. Ce n’est pas toujours facile mais au fond, je suis pareille. « Les chiens ne font pas des chats » comme on dit… Je ne veux pas qu’elle soit faible et j’aimerais qu’elle travaille pour qu’elle puisse rester indépendante quoi qu’il arrive. Moi, je suis couturière, comme mon arrière grand-mère. Je travaille chez moi, quand je veux, du moment que le travail à faire est fait ! J’espère que ma fille aura un peu d’ambition et qu’elle fera un métier qui lui plaira mais quand je vois toutes les femmes de ma famille, quelque chose me dit que ma fille ne sera jamais très éloignée du milieu de la mode… elle choisit déjà ses vêtements avec goût ».