Hélène Arnaud Rouèche est à l'origine de la création de la Fondation Vacances Bleues. À ses yeux, la Fondation créée en 2006 ne constitue pas une parenthèse dans l’histoire du groupe, mais l’une de ses expressions les plus fidèles. Art, solidarité, ouverture aux autres : elle y retrouve l’âme de l’entreprise. Dans ce second entretien, elle revient sur la naissance de la Fondation, son engagement en faveur de la création artistique, mais aussi sur la qualité du lien humain, au cœur de l’identité de Vacances Bleues.
Vous n'avez pas lu le premier témoignage d'Hélène ? Laissez-la vous conter les origines de Vacances Bleues.
En 2006, vous créez la Fondation Vacances Bleues, à une époque où il existait encore peu de fondations d’entreprise. Pourquoi était-il important pour vous de franchir cette étape ?
Chez nous, plusieurs engagements existaient déjà, notamment autour de l’art contemporain. Notre directeur général y était très sensible. Moi, je partageais son élan, mais à une condition : ne pas faire les choses à moitié. Nous ne voulions pas ajouter une touche culturelle pour l’image. Il fallait un cadre cohérent et solide.
La Fondation a donné plus de visibilité à des actions déjà présentes dans notre entreprise : le soutien à la création, l’attention portée aux plus fragiles, l’ouverture aux autres, la volonté de s'inscrire dans un contexte plus large qu’une seule activité économique.
Vacances Bleues a toujours été très attaché au lien entre les générations. Comment la Fondation prolonge-t-elle concrètement cette solidarité aujourd’hui ?
Le lien intergénérationnel fait partie de notre ADN. La Fondation le prolonge d’abord en soutenant des actions tournées vers les personnes âgées, isolées ou fragilisées. C’est le cas, par exemple, avec des structures comme les Petits Frères des Pauvres, que nous aidons financièrement. Nous ne sommes pas dans le militantisme au sens politique du terme. Nous cherchons simplement à être utiles.
Mais ce pont entre les générations ne passe pas seulement par des subventions. Il se manifeste aussi par un geste, une parole ou un sourire. Dans nos lieux, les équipes sont souvent plus jeunes que les vacanciers qu’elles accueillent.
De cette rencontre naît une alchimie précieuse : de l’attention, de l’écoute et de la compréhension mutuelle. Les plus jeunes découvrent d’autres parcours de vie, avec ce qu’ils portent de fragilité, de mémoire et de richesse. Les plus âgés, eux, se sentent considérés, entourés, et apprécient la gaieté et l'énergie des équipes.
Vacances Bleues soutient la création artistique depuis plus de trente ans. Pourquoi était-il important pour vous que l’art ait une place dans l’entreprise ?
Parce que l’art ouvre le regard, les conversations, la sensibilité. Une entreprise peut s’y intéresser de façon très patrimoniale, très spéculative : acheter des œuvres, suivre leur cote, constituer une collection. Au contraire, ce que nous voulions, c’était accueillir des artistes, leur offrir des conditions de travail, les mettre en relation avec d’autres, leur permettre d’être vus, reconnus.
Nous avons rencontré de très jeunes peintres qui travaillaient dans des conditions extrêmement précaires. Je me souviens d’une artiste qui réalisait des œuvres de grand format dans sa cuisine. Elle me disait qu’elle craignait de les brûler dès qu’elle devait préparer un repas. Ce genre de situation marque : j’ai compris que soutenir la création n’est pas une initiative anecdotique.
Depuis plusieurs années, Vacances Bleues accueille des artistes en résidence au sein même de l’entreprise. Que se passe-t-il quand l’art entre dans le quotidien des salariés et des vacanciers ?
Tout devient très vivant. Très tôt, nous avons mis des locaux à disposition de jeunes artistes. Au début, ils travaillaient dans des espaces modestes, pas toujours adaptés. Puis, au siège marseillais, la Fondation a pu leur confier un grand atelier lumineux, ouvert sur la cour intérieure. Cette disposition change beaucoup de choses.
L’artiste n’est pas enfermé dans un lieu à part. Il est au milieu de la vie de l’entreprise. Les salariés passent, prennent un café, s’arrêtent, posent une question, regardent une oeuvre, échangent quelques mots. L’artiste montre son travail, parle de sa démarche, raconte ses difficultés ou ses envies…
Peu à peu, les barrières tombent. L’art n’est plus réservé à quelques initiés ; il devient une présence familière, un sujet de conversation, parfois une respiration inattendue dans le quotidien.
Nous avons aussi lancé une initiative à laquelle je tiens beaucoup : “Un hôtel, un artiste”. L’idée est de présenter plusieurs œuvres d’un même artiste dans un lieu Vacances Bleues. C’est une manière simple et forte d’intégrer l’art à la vie du séjour, tout en offrant de la visibilité à celles et ceux que nous accompagnons.
Vous êtes également l’une des fondatrices de Mécènes du Sud. Comment présenteriez-vous ce collectif ?
Mécènes du Sud est né d’un désir partagé entre plusieurs entreprises marseillaises : agir ensemble pour l’art contemporain. L’ambition était d'unir les volontés, les moyens et les réseaux afin de mieux soutenir la création.
Vacances Bleues en est membre fondateur, et j’y suis très attachée. Pendant longtemps, cela a été une très belle aventure, avec de vrais élans, de belles découvertes, des artistes soutenus et de beaux liens tissés. Aujourd’hui, la structure a davantage de difficultés à mobiliser de nouvelles entreprises. Mais je reste convaincue qu’un tel collectif a du sens. Il rappelle que le monde de l’entreprise peut aussi contribuer à la circulation de l’art et à l'ouverture culturelle.
La Fondation Vacances Bleues fêtera bientôt ses 20 ans. Quand vous regardez son parcours, qu’est-ce qui vous marque ?
Ce qui me touche le plus, ce sont les actions de solidarité qu’elle a rendues possibles. L’aide au départ en vacances pour des personnes qui ne seraient jamais parties autrement. Le soutien apporté à des structures utiles. La possibilité d’améliorer un peu la vie de celles et ceux qui en ont le plus besoin. C’est cela qui me reste d’abord.
Mais je retiens aussi sa contribution à la culture d’entreprise. La Fondation a permis à l’art d’entrer plus naturellement dans la maison. Elle a aussi renforcé cette qualité d’accueil, cette attention aux personnes, qui font selon moi la singularité de Vacances Bleues. J’aimerais qu’un jour, on puisse dire, et on me le dit déjà, qu’il y a dans nos lieux une manière particulière d’être attentif à l’autre.
Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de cette Fondation ?
Qu’elle prolonge l’âme de Vacances Bleues. Qu’elle n’a pas été un supplément, ni un habillage, mais une manière de donner une nouvelle expression à ce qui était là depuis le début : l’attention à l’autre, le goût du lien, l’ouverture, la solidarité.
Et j’aimerais aussi que l’on n’oublie jamais : une entreprise peut grandir, se professionnaliser, se structurer, sans devenir purement commerciale. Elle peut garder le sens des relations humaines et le goût pour la beauté, sous toutes ses formes. Pour moi, c’est essentiel. Et tant que je le pourrai, j’y veillerai.




